Pourquoi la ponctuation ?

La question

Avez-vous déjà constaté à quel point les choses courantes, banales deviennent invisibles ? Si leur utilisation est aujourd'hui normale et hautement codifiée, et même si leur emploi est parfois un casse-tête pour les étudiants, les signes de ponctuations sont essentiels dans un texte. Mais quelle est leur origine ?
Point d'interrogation

La réponse

Lareponseestévidentesionprendletempsdyreflechiretdimmagineruntextesansaucuneponctuationniespace – Si l'exemple est un peu capilotracté, vous l'aurez compris, il devait être bigrement ardu de lire un ouvrage à l'époque où la ponctuation n'existait pas. Avant le IIè siècle, la ponctuation était inconnue. Les textes s'étalaient sur la page, en continu, sans espace particulier ni signes typographiques. Il fallait sans doute s'y reprendre à plusieurs fois pour comprendre le sens de certains passages !
 
Avant de voir en détail quelques uns des caractères courant, traversons rapidement les grandes étapes de l'utilisation de la ponctuation.
Et tout commença... par le point. Le point, origine étymologique de ponctuation, marque en effet les prémices de l'évolution dans l'organisation des textes. Utilisé par quelques auteurs grecs, dont Aristophane, un point placé après la dernière lettre, en haut (point parfait) marque la fin d'une phrase complète. Placé en bas (sous-point), il a le sens équivalent de notre point final et placé au milieu (point médian) il a la valeur d'un point virgule.
 
ImprimerieMais ce sont surtout les romains, en faisant évoluer leur écriture latine qui font un grand pas dans l'organisation des textes : dès le IVè siecle, un point sépare les mots et le texte est réparti en colonnes, chaque colonne développant un thème particulier. Les majuscules se développent surtout avec les moines copistes, qui créent d'abord des enluminures avec la première lettre pour décorer la page, puis attribuent des lettres majuscules à certains mots pour en appuyer l'importance.
 
Avec l'imprimerie, au début du XVè siècle, un nouveau bond s'effectue sous l'effet de trois principaux paramètres :
- Il faut d'abord codifier les signes de ponctuation, qui se font un peu selon le bon vouloir des auteurs.
- Ensuite, une réflexion linguistique insiste sur l'importance de la ponctuation dans la compréhension des textes.
- C'est également à cette époque que l'on passe massivement au papier : l'espace devient moins cher que sur le parchemin, et on peut s'accorder des espaces entre les paragraphes, les phrases puis les mots.
 
A cette période, les signes utilisés sont le point, la virgule et les deux points. Un siècle plus tard, les majuscules entrent dans la norme, avec l'apostrophe et le point d'exclamation. Par la suite, certains grands auteurs ou imprimeurs mettent en évidence l'intérêt de la ponctuation, comme par exemple le traité de Dolet et le traité de Beauzée.
Logo question
La ponctuation évolue-t-elle toujours aujourd'hui?
Les adeptes des 'chats' et autres habitués des communications web auront compris que l'on parle des nouveaux symboles, tels que les :), :-D, :( ... Simple effet de mode ou nouvelle méthode de ponctuation pour renforcer le sens de la phrase ? L'avenir nous le dira...
 
Une chose est sûre, la ponctuation et autres signes typographiques sont loin d'être de simples artifices d'écriture : il suffit d'ouvrir un recueil des règles typographiques pour s'en convaincre !
 
On peut lire parfois que le point d'interrogation proviendrait du mot latin Questio, dont le Q aurait été transformé et surplomberait le O. Quant au point d'exclamation, avec sa barre sur un O, il reproduirait le son de la surprise. « Ces explications, ingénieuses mais fausses, font sourire les paléographes. » (Pedro Uribe Echeverria). Il faut en effet chercher ailleurs les explications sur leur forme...
 
Echantillons de points d'exclamation
Echantillons de points d'interrogation, XIe-XIVe siècles.
 
Point d'interrogation :
Signe partant d'un point, surplombé d'une ligne en zigzag déviant en l'air vers la droite, pour illustrer la voix montante lors d'une question. Il serait issu des positurae, symboles autrefois utilisés pour guider la voix dans les liturgies au VIIIè siècle. Progressivement redressé par l'imprimerie, il est relativement universel et se retrouve dans de nombreuses cultures non latines (chinois, hindi ou arabe). A l'envers en début de phrase chez les espagnols, il annonce que la phrase est interrogative.
 
Détail d'un point d'interrogation
Détail d'un point d'interrogation
 
Point d'exclamation :
Là aussi l'origine est supposée auprès des neumes (notation musicale primitive). D'après un symbole très proche de notre point d'exclamation : deux points surmontés d'une barre oblique, pour exprimer la surprise ou l'admiration. Italien d'origine, il représente à merveille la ponctuation expressive : en colère, joyeux, surpris, excité, avertisseur... Et quand bien même il ne suffirait pas à incarner assez d'émotions, qu'à cela ne tienne, on en met deux, voire trois à la suite !
 
Détail d'un point d'exclamation
Détail d'un point d'exclamation
 
Points de suspension :
A l'inverse, ces trois petits points servent à calmer le jeu, à introduire une pose dans un discours. C'est en effet dans le théâtre qu'ils font leur apparition. Par la suite, il incarne de nombreuses significations: il invite le lecteur à la réflexion, à l'imagination. C'est aussi le soupir de l'auteur...
 
Tirets et parenthèses :
Le tiret, importé d'Angleterre, représente la gestuelle d'un dialogue. Il incarne ces hochements de tête, ces mouvements de mains qui ponctuent un dialogue et interpellent le lecteur en interrompant légèrement la phrase. Quant aux parenthèses, elles mettent en retrait une partie de discours, en l'englobant. Elles incarnent une réflexion intérieure.
 
Malgré la multitude des formes et des significations, parfois subtiles, de toutes ces marques de ponctuation, il vous est surement déjà arrivé de ne pas parvenir à exprimer un sentiment, une intonation. Peut-être reste-t-il certains symboles à inventer -le point de désolation par exemple-, à moins que la solution soit de les combiner :   !? ...? ...!
 
En résumé...
 
La ponctuation n'existait pas avant le IIe siècle ap. JC. Les textes étaient alors écrits sans espaces ni ponctuation entre les mots. La ponctuation apparue petit à petit au cours des siècles qui suivirent pour commencer à se normaliser au XVème siècle avec l'invention de l'imprimerie.

Pour aller plus loin...

- dossier BNF
 
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