Pourquoi gratter les piqûres de moustique soulage ?

La question

Qui dit douce soirée estivale dit aussi moustiques et désagréables démangeaisons ! Encore que l'on puisse aujourd'hui s'estimer heureux car ce petit insecte agacant, présent sur Terre depuis 170 000 ans, pouvait à cette époque -d'après certains fossiles- être trois fois plus gros qu'actuellement... Il n'en demeure pas moins que les piqûres que nous inflige la femelle moustique peuvent atrocement démanger au point d'en devenir obsédant. D'où vient cette irrésistible envie de gratter ces piqures, et pourquoi lorsque l'on cède cela nous soulage-t-il pendant quelques instants ?
 
Moustique

La réponse

Avant de chercher à comprendre d'où vient cette sensation de soulagement lorsque l'on gratte, il faut d'abord comprendre pourquoi la piqûre du moustique nous démange à ce point.
Error
Rappelons que seules les femelles moustiques piquent. Elle trouve en effet dans notre sang la source de protéines nécessaire pour compléter la formation de ses œufs.
Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas la dissipation d'un anesthésiant appliqué par le moustique avant sa piqûre qui cause la démangeaison une fois que la zone piquée se "réveille". En réalité, lorsque la femelle moustique perce le derme pour atteindre le sang, elle injecte en même temps de la salive qui a une propriété anticoagulante : en stabilisant les plaquettes sanguines, elle permet ainsi au sang de rester fluide pour l'aspirer tranquillement. Ce qui se passe dans notre organisme ensuite ne l'intéresse pas !
Problème: au contact de cette salive, notre défense immunitaire est stimulée, en particulier les mastocytes. Ces petites cellules peuvent  détecter des substances étrangères et à leur contact, exploser brusquement. Véritables petites bombes d'alertes, elles libèrent de l'histamine, responsable de l'inflammation et de la démangeaison. D'autres agents immunitaires seront ainsi attirés sur l'endroit du grabuge et viendront faire leur travail !
 
Mais arrêtons nous-là pour l'immunité et voyons ce qui se passe lors d'une piqure. La peau possède de nombreux capteurs sensoriels reliés à des fibres sensitives - on dénombre en moyenne 200 terminaisons libres par cm². Ces capteurs sont essentiels à notre maintien : ils permettent de réagir rapidemment en cas d'atteinte à l'organisme (brûlure, coupure, piqûre, etc...). Les stimulis extérieurs peuvent ainsi se présenter sous forme mécanique (frottement, coupure,... ), thermique (brûlure, gelûre) ou chimique (produit nocif, corrosif, acide, etc...). Ces stimulis excitent les fibres sensitives, qui communiquent ensuite aux neurones par signaux electriques (on les appelent des PA: potentiel d'action). L'inflammation due à la piqûre et à la salive de moustique, en tant qu'alerte chimique, est donc transmise au système nerveux par ces fibres sensitives.
 
En réalité, deux types de fibres nous intéressent ici :
► premièrement, celles qui servent d'alertes, c'est-à-dire les porteuses d'un message nociceptif (qui apelle une défense). Les fibres Að sont surtout sensibles aux stimulis d'ordre mécaniques, tandis que les fibres C sont sensibles à presque tous les stimulis. Toujours est-il que ces deux fibres sont responsables d'une sensation de douleur rapide (Að), suivie d'une douleur diffuse (C). 
►ensuite, des fibres qui ne sont pas nociceptives. Les fibres Aß sont ainsi des fibres sensibles à des signaux de toucher par exemple, qui ne créent pas de douleur mais sont porteuses d'une information tout de même (information de contact).
 
C'est là que ça devient intéressant : entre la zone de stimulation et la perception de la douleur, de nombreux points de contrôle modulent le message nociceptif. Les voies de communication (nerfs) ne forment pas un réseau de cablages bien dinstincts les uns des autres, et des interactions peuvent avoir lieu entre les influx nociceptifs (Að et C) et non-nociceptifs (Aß). Les messages douloureux empruntent ainsi des faisceaux qui conduisent aussi des messages non-douloureux et tout se mélange !
Dans le cas de notre piqûre, le fait de gratter autour stimule par l'action du toucher les fibres Aß, qui détournent le message douloureux causé par l'inflammation et jouent ainsi un rôle inhibiteur. Ce soulagement reste cependant passager, car l'inflammation se poursuit encore et continue de stimuler les fibres nociceptives.
Logo astuce
Cette atténuation de la perception douloureuse peut également être perçue lorsque l'on prend un coup et que l'on masse la zone concernée. Ce sont alors les mêmes mécanismes qui entrent en jeu.
 
Attention toutefois, il n'est pas conseillé de se gratter les boutons de moustique : nous prenons alors le risque d'augmenter la plaie, et de causer une infection supplémentaire. Mieux vaut donc prendre son mal en patience...
 
En résumé...
 
Il existe plusieurs types de message nerveux.
- Parmi eux, des nociceptifs conduisent des messages de douleurs issus notamment des agressions extérieures sur notre peau (coupures, brûlures, acides, etc...).
- D'autres au contraire conduisent des messages non-nocicetifs, c'est à dire sans douleur (issus du touché notamment).
Dans le cas d'une piqure, la femelle moustique injecte un peu de salive avant de prélever notre sang afin que celui-ci ne coagule pas. Cette salive déclenche une réaction immunitaire car notre corps cherche à s'en protéger, d'où le bouton et l'inflammation. Comme tous les messages sensitifs sont transmis par nos nerfs, lorsque nous nous grattons, les messages de douleur se mélangent aux messages du toucher et notre cerveau pense alors être soulagé. Après avoir arrêté de se gratter, seuls les messages de douleurs sont encore transmis et la sensation de démangeaison reprend de plus belle.

Pour aller plus loin...

- Physiopathologie des douleurs induites - PDF- (Frédéric Guirimand)
- Transmission de la douleur - PDF- (document CNRS) > n'est plus disponible en ligne
 
 
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